1994. Christopher McQuarrie signe un scénario qui fera date dans l'histoire du cinéma (récompensé d'un Oscar en 1996, pour l'anecdote). Le film qui en découlera servira de tremplin fulgurant à son pote Bryan Singer et retournera la tête des critiques et du public; tout le monde l'aura deviné, il s'agit de The Usual Suspects.
2000. Doté d'un budget de $9.000.000 et d'un solide casting, le premier film de McQuarrie sort sur les écrans. Il rentrera tout juste dans ses frais avec des recettes mondiales avoisinant les $14.000.000. Le budget n'étant même pas récupéré sur le territoire américain, on risque d'attendre longtemps avant de voir le prochain film du pourtant talentueux réalisateur. Evidemment tous ces chiffres ne veulent pas dire grand chose pour nous, je les cite uniquement pour souligner le caractère injuste de la chose. Car le film est une réussite à tous les niveaux. Le point de départ de l'histoire est pourtant d'une simplicité enfantine: deux jeunes loosers, Parker and Longbaugh (les vrais noms de Butch Cassidy et du Sundance Kid), déjà au point mort dans cette grande aventure qu'est la vie, surprennent par hasard une conversation téléphonique comportant des informations qu'il ne vaut mieux pas divulguer lorsque les oreilles ont des murs: une mère porteuse est sur le point d'accoucher et d'empocher la coquette somme d'un million de dollars en échange du bébé. Seule information: le nom du docteur et l'heure de visite. Commence alors un kidnapping de folie, où tout se complique à une vitesse VV prime, étant donné que le futur père adoptif est un très riche industriel qui, comme tout ceux de sa race, trempe encore dans des affaires pas nettes.
On vous avait prévenus! Ici, les flingues sont rois!!
Sobre et élégante à la fois, la mise en scène ne s'écarte jamais du sujet et malgré les nombreux retournements de situations, tout est limpide comme du cristal. Les scènes de gunfight ont droit au même traitement, après tout, le film ne s'appelle pas pour rien The Way of the Gun! Là encore, on peut quasiment suivre la trajectoire des balles, grâce aux cadrages minutieux et un montage redoutable d'efficacité. A ce titre, la scène de sniper est un pur joyau, les amateurs de FPS en réseau apprécieront! ("Rhooo, non, qui c'est qui m'a encore snipé?? ;-) ). De bonnes idées parsèment le film, comme une poursuite en voiture réaliste, où les 2 kidnappeurs tentent d'échapper aux gardes du corps de la fille. Ici, on ne contente pas de foncer à travers tout, les adversaires se jaugent, ralentissent dans des rues à sens unique tout en gardant leur distance, rusent en laissant la voiture vide juste après un tournant pour mieux surgir des ruelles perpendiculaires en canardant tout ce qui bouge, tout en remontant dans le véhicule. La moindre erreur peut être fatale et tout est bon pour semer les poursuivants. Et on retrouve de tels passages rafraîchissants tout au long du film avec le même plaisir. Plaisir vicieux lorsqu'un des comparses se jette au-dessus d'une fontaine à sec pour se mettre à couvert. Dans les films Hollywoodiens, ca marche toujours, on est alors très surpris d'entendre un hurlement de douleur, provoqué par des tessons de bouteilles, ces dernières étant probablement laissées là par les poivrots locaux...
Si on jette un oeil du côté du casting, on remarque d'emblée que McQuarrie a repris le génial Benicio Del Toro, déjà fortement remarqué malgré un rôle beaucoup trop court dans Usual Suspects. Comme à son habitude, sa participation au film est totale (l'idée que Fenster parle aussi vite était évidemment de lui) et il apporte ici de judicieux conseils, comme cette poursuite en voiture particulière, qu'il avait vu lors d'une émission télévisée sur les arrestations policières (ca a servi au moins à quelque chose...) ou encore faire moins parler son personnage (Sacré Benicio! A l'instar de Clint Eastwood, il a bien compris qu'un personnage ne se crée pas qu'avec des paroles...).
Hé oui, déjà sous le charme "Oh mon dieu, il m'offre une cloppe!!!"
Pour l'anecdote, j'étais persuadé que dans la scène où il giffle le popotin d'une des prostituées qui sortent de la salle en courant était totalement improvisée et j'imaginais fort bien la figurante revenir en beuglant dessus dès le "Cut!" du réalisateur mais non. Enfin, si, c'était improvisé et la femme outrée l'a traité de tous les noms mais le pauvre Benicio a vite avoué que c'était à la demande express de McQuarrie! Ne me demandez pas lequel des deux hommes détient la vérité ;-) ! Pour accompagner un tel acteur tout au long du film, il fallait prendre quelqu'un aux épaules solides. Et c'est finalement tombé sur Ryan Phillippe. Déroutant au premier abord, ce choix s'avère judicieux tant l'acteur est intense et crédible, à des années lumières de l'image du tombeur de ces dames en chaleur. Il était déjà très bon dans le mal-aimé Lame de Fond (Que lui reproche-t-on à ce film?) mais ici, il crève l'écran.
Ryan Phillippe suit les instructions de Christopher McQuarrie. "Je fais quoi?" "Tu tires!!"
Outre le couple vedette qui fonctionne à merveille, tout en restant fort éloigné du buddy movie, Juliette Lewis et son père Geoffrey sont également de la partie. Le talent de la première n'est plus à démontrer et elle se glisse avec aisance dans la peau de la mère porteuse et doit donc par conséquent se trimballer un faux ventre pendant tout le tournage. Quand au second, vieux pote de Clint (ca veut déjà tout dire...), il sera pour moi à tout jamais Orville Boggs, le comparse de Philo Beddoe dans Ca va cogner! et ce malgré une très riche filmographie (le téléfilm Les Vampires de Salem de Tobe Hooper, La porte du paradis, Bronco Billy, Tango & Cash [trop con, mais hautement jouissif!], etc). En outre, McQuarrie fait un immense cadeau à James Caan, en lui offrant un personnage savoureux de vieux briscard, nettoyeur efficace du riche industriel ("P'tit gars, si tu as en face de toi un vieux schnoque, dans ce métier, ca ne veut dire qu'une seule chose: c'est un survivant!!") mais homme au grand coeur qui s'inquiète pour sa fille enceinte (ce n'est jamais mentionné explicitement mais les regards que ces deux-là se portent sont lourds de signification...)
James Caan et Geoffrey Lewis. La vieille garde est toujours d'attaque et elle va en remontrer, à ces p'tits jeunes!!
A vos caméras! ;-)
Verdict: 8/10
Soundwave
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire